Le diagnostic

Au vue de l’ampleur de ma souffrance c’est dernier temps, j’ai décidé de consulter une psychologue.

Très gentille et très douce, le contact est très bien passé de suite. Alors je me suis pleinement confiée. Je lui ai expliqué cette douleur viscérale qui m’accompagne, l’envie constante de parler d’Arthur et mon quotidien qui est de plus en plus pollué par des idées atrocement douloureuses.

En effet, depuis quelques temps, je revis par moment, la semaine durant laquelle nous avons perdu Arthur, pratiquement a la minute près, les premiers signes, l’hospitalisation, le diagnostic, les tentatives de traitement et de sauvetage, les mots des médecins et leur mine déconfite, la naissance de mon premier bébé avec les details exactes de la scène, l’heure qu’il a passé avec nous, son décès, la visite de quelques très proche le lendemain, leur douleur, ma stupeur, le défilé des professionnels dans notre chambre, les visites à notre Arthur décédé, le retour à la maison, les choses futiles qui m’inquiétaient, les préparatifs des funérailles, la cérémonie, les adieux… tout ça tourne dans ma tête et j’ai des flashbacks réguliers.

A ça s’ajoute une peur obsédante de perdre mon deuxième bébé, E. Cette peur ce traduit par des flashs quotidiens, quand je le porte, j’ai forcément un flash dans lequel il tombe et est gravement blessé voir pire. A cela se sont ajoutés récemment des cauchemars ultra réalistes. Le dernier en date, c’est une image d’E inanimé dans son bain.

Et cette peur irrationnelle prend de plus en plus de place. Depuis ses 5 mois, E ne prend pas beaucoup de poids. C’est un très grand bébé mais il est fin et il prend en moyenne 300 grammes par mois depuis 4 mois. Cette évolution de son poids m’inquiète énormément. La pédiatre est rassurante et ne pense pas qu’il faille s’en inquiéter. Tous les mois je la questionne a propos de cette prise de poids minime et tous les mois elle me dit qu’effectivement ça pourrait être mieux mais qu’E est en pleine forme, il ne perds pas de poids donc on surveille la courbe et on ne s’inquiète pas.

Oui mais voilà, moi je n’arrive absolument pas à m’en convaincre et je suis constamment angoissée avec ça. Quand je regarde mon fils je le vois maigrichon et ça me brise le coeur mais personne ne partage mon avis. Mon bébé va bien. J’aimerais tellement diminuer mes peurs mais je pense aussi qu’elles sont le symptôme de quelques choses de profond.

Alors au deuxième rendez vous, la psychologue m’adresse a l’un de ses confrères psychiatres pour évaluation de mon état psychologique et traitement éventuel.

Je ne sais pas quel message elle lui a laissé mais il devrait être alarmant car 2heures après mon rdv, le psychiatre me rappeler pour me dire qu’il me recevait entre deux patients 4 jours plus tard.

Je suis donc aller voir le psychiatre avec appréhension mais avec l’intime conviction que cela était indispensable pour me « soigner »

Aussitôt assise en face de ce docteur jeune mais rassurant, je me suis mise à pleurer en flot continue. Nous avons discuter d’Arthur, du choc de son décès, de mes sentiments face à ça, de ma vie depuis et de mon quotidien actuelle. A la fin du rendez vous, il m’annonce alors que je souffre de stress post traumatique avec trouble obsessionnel non compulsif.

Le diagnostic sonne un peu comme un coup de glas, mais en même temps je ne suis pas franchement étonnée.

Le psychiatre a attiré mon attention sur le fait que ce n’était pas à prendre à la légère, qu’il fallait sérieusement que je prenne soin de moi, notamment par le biais d’un traitement et d’un suivi psychologique régulier, pour pouvoir aller mieux et ne pas garder ces troubles toute ma vie.

Il m’a aussi rassurée sur le fait que me soigner et aller mieux ne voulait pas dire que j’oublierais Arthur mais seulement que je vivrais l’épisode de ma vie le plus douloureux de façon moins violente et surtout moins perturbante pour mon quotidien.

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Un air de ras de marée

Depuis le décès de notre premier enfant, on fait notre deuil et on construit notre famille en même temps.

On a eu un deuxième enfant, on s’est marié et on a acheté une maison.

Je pensais que mon deuil se faisait doucement et que j’apprenais à gérer la douleur. Mais je pense maintenant m’être trompée.

Je me suis occupé l’esprit, mis des oeillères et je me suis concentré sur nos projets. Je pense que j’étais dans le déni. C’est certainement normal, du fait de la violence du choc.

Mais maintenant que je découvre la valeur des moments passés avec E, la saveur de voir son évolution chaque jour; Arthur me manque encore plus cruellement et je me rends compte du trou énorme qu’il y a dans ma vie.

J’ai l’impression de me réveiller après un ras de marée, emputée et sans solution.

J’ai l’impression que personne ne peut comprendre cette douleur, que personne ne peut m’aider.

Les gens ne comprennent pas que j’ai besoin de nommer Arthur au moins une fois par jour, comme s’il fallait en faire un tabou. Parler d’Arthur met les gens mal à l’aise et fait du mal à certain. Mais pour moi c’est la seule façon de le faire exister, de faire en sorte qu’il est avec moi tous les jours. J’ai envie de crier au monde entier que j’ai deux enfants, mais je passerai pour une folle. On me dit souvent que j’ai pas le droit d’être déprimée car j’ai un joli petit garçon en bonne santé. Je suis d’accord en partie, E est magnifique, c’est un amour de bébé et il rempli mon coeur d’amour et embellit ma vie. Mais mon coeur est aussi meurtrie parce que j’ai aussi un autre enfant, Arthur. Il n’est plus avec nous, je n’aurais jamais la chance de savoir quel petit garçon il serait. Mon dieu qu’est ce qu’il me manque… J’ai l’impression que la douleur que j’avais jusque qu’aujourd’hui n’était qu’une infime partie de la réel douleur de perdre un enfant. Elle se réveille seulement maintenant et grandi de jour en jour.

A cette douleur s’ajoute la culpabilité face à E et l’inquiétude de savoir comment lui parler de tous ça sans le blesser.

Après avoir fait la forte tout ce temps et m’être menti a moi même, je m’écroule petit a petit et me sens de plus en plus démuni.

Sur un nuage près des étoiles 

Après 8 mois de stress et d’inquiétudes en tout genre; de culpabilité par moment; nous avons accueilli le petit frère de notre petite étoile. 

Nous sommes très heureux et savourons chaque instant. 

Notre petit trésor nous a rejoint mardi 5 décembre à 20h34. C’est un magnifique bébé de 4kg040 et 50 cm. 

Une si belle victoire après tant d’épreuves et d’angoisse. 

 J’ai bien conscience que la PMA n’est pas si généreuse ou rapide avec tout le monde. J’espère ne blesser personne et souhaite vraiment a celles et ceux qui me lisent, de trouver le bonheur de n’importe quels moyens que ce soient. « Rien est impossible quand on y croit »

Entre espoir et frayeur.

Pour ma première grossesse, j’avais des doutes et des peurs, quelques difficultés à me projeter pleinement mais je ne m’attendais pas a une si grande catastrophe. J’avais un pressentiment mais en même temps j’ai rien vu venir. J’imaginais avec frayeur une fausse couche les premières semaines, puis la prématurité ou une césarienne. Mais j’aurais jamais pu m’attendre a ça… En même temps, quelle future maman peut s’attendre à accoucher au pire des moments, celui où le bébé est bien considéré en tant que tel, celui où il ne s’agit plus d’une fausse couche mais ce même moment aussi ou il est « trop tot » pour le sauver et tenter quoi que ce soit. 

Alors pour cette grossesse, certains instants sont difficiles. Notamment ce terme. On approche des 22-23 SA; terme auquel j’ai accouché l’année dernière. Des frayeurs se font parfois sentir, des contractions, un col fragile, des infections qui planent au dessus de ma tête…

Alors cette grossesse est synonyme de stress. J’ai peur de revivre l’enfer, peur de faire du mal à ce second bébé et peur d’échouer une seconde fois. On est bien suivi, je fais très attention, le cerclage nous rassure mais je continue de retenir mon souffle et d’attendre avec impatience le dernier trimestre. 

Contrairement à la première grossesse, je ne peux pas dire que j’appréhende la prématurité, je m’y prépare plutôt. Ce n’est pas ce que je souhaite pour ce bébé bien évidemment mais ce serai toujours mieux que le décès. 

Et puis, une autre angoisse est née avec cette grossesse. L’angoisse de mélanger les histoires, d’oublier notre Arthur ou « d’empoisonner » ma relation avec ce bébé par le spectre de son grand frère. Cette semaine, alors que je parlais a mon bébé, je me suis surprise à l’appeler par le prénom de ma petite étoile. Et la mon coeur de maman s’est déchiré violemment. Ça m’a fait mal et je m’en suis voulu à la fois. Je souhaite vraiment que chacun trouve une très jolie place dans notre famille, que ce bébé soit accueilli avec le plus d’amour et de sérénité possible et qu’Arthur continue à nous accompagner a sa façon, qu’on continue à lui faire une place. J’espère vraiment être a la hauteur et arriver à faire de notre famille, un cocon harmonieux et doux. 
Bref, je prie et j’attends la suite… 

Les montagnes russes 

J’ai toujours cru que tomber enceinte serait facile; que j’aurais plusieurs grossesses idylliques et que les 9 mois de chacune seraient les mois les plus épanouissant de ma vie. 

Et puis il y a eu la PMA, la grossesse de notre étoile, sa fin brutale et le déchirement de perdre notre Arthur. De nouveau la pma (qui néanmoins se passe très bien), une nouvelle grossesse qui nous rend heureux  mais qui réveille aussi certaines peurs. 

On est donc très suivi depuis le début et voir même très chouchoutés, ce qui nous rassure et que l’on apprécie beaucoup. 

Mercredi dernier, nouvelle etape, on me pose un cerclage sous rachis anesthésie.  Je suis à 15 sa, l’intervention se passe bien, bébé va bien et il est même plus grand que ce qu’il devrait pour un bébé PMA avec une date de conception fixe.

On continuait donc notre aventure doucement et prudemment et on montait même gentiment sur notre petit nuage. 

Et puis, vendredi soir l’angoisse monte. On s’est retrouvé en urgence à l’hôpital, j’avais une crise de migraine épouvantable avec des vomissements mais j’avais aussi des contractions.  Les urgences un vendredi dans la nuit quand on est juste à 3 mois et demi et que notre super gyneco n’est pas de garde, c’est un peu du rapide et du « c’est bon les gars on se calme ya plus grave ». Résultat des courses, la migraine et les vomissements c’est la rachis.  Mais les contractions sont pas idéales et elles ont raccourcis le col. Il était de 55mm la semaine dernière, il est descendu à 36mm malgré ou à cause du cerclage on ne sait pas trop. L’interne qui nous a reçu tâtonnait un peu et elle semblait inquiète.. elle a donc appelé le gyneco de garde. Pour lui on est pas à la mesure critique qui est de 25mm, donc pas d’hospitalisation immédiate.  

Je suis donc rentrée à la maison avec un traitement : magnésium, spasfon et injection de progesterone et des consignes de repos stricte. 

Le prochain rendez-vous avec notre super gyneco est prévu le 6 juillet.  Jusque là on sert les dents [et les fesses], on reste alitée et on espère que le col ne bougera plus. 

Ce nouveau bâton dans les roues de notre aventure pour devenir parent nous inquiéte vraiment; surtout que je ne suis qu’à 15sa et qu’il est beaucoup trop tôt pour ce genre de frayeur. Les mois vont être long mais on va tout mettre en oeuvre pour réussir à avoir un bébé en pleine forme à la fin de l’année.  On ne peut pas imaginer que le ciel nous tomberait sur la tête une seconde fois. 

Je laisse encore des plumes dans notre parcours mais je n’ai pas dit mon dernier mot, je me battrais jusqu’au bout quitte à finir en poulette plumée.  

Lettre à mon fils 

Mon fils, ton entrée dans ma vie a été un pur bonheur dès le test de grossesse. Chaque instant à préparer ton arrivée était pour nous une joie immense. Tu étais si attendu…

Et puis il a fallu que tu vive avec nous seulement 52 minutes. 3 jours à te voir, à te découvrir mais sans vie. Ces jours ont été  difficiles mais j’en retiens la chance de te découvrir. Biensur j’aurais voulu te connaître autrement, te voir grandir, te porter, sentir ton coeur et t’entendre rire mais la vie en a décidé autrement. 

Je dois te remercier mon Arthur, car tu as fait de moi une maman. Tu m’as changé à jamais. Grâce a toi, je sais que j’ai en moi une force immense, celle qui me permet de tenir debout malgré la douleur de ton absence. C’est toi qui m’a transformé en femme forte. Tu as changé mon caractère, ma façon de voir la vie et surtout de ne plus la gâcher pour des broutilles. J’ai appris qu’il y avait plus difficile qu’une dispute ou un ennui financier. Je vis sans toi alors tout à côté me paraît insignifiant.  

Je dois te remercier aussi pour le lien que tu as créé entre ton papa et moi. On est unis pour la vie, tu as été le premier à le permettre. Nous sommes reliés aux étoiles maintenant, à notre étoile.  

Mon fils, je t’aime au delà des mots, tu fais partie de moi; tu es en moi et tu es moi. Jamais la vie ne sera pareil, j’aurais toujours un manque et une force à la fois, je t’aurais toi. Tu seras avec moi chaque instant, la où personne ne te vois moi je te sens. Cette intensité personne ne pourra nous le voler. Je t’aime infiniment. 
Bientôt, nous espérons accueillir ton petit frère ou ta petite soeur. Cela ne changera rien pour moi, je ne t’oublierai pas; tu resteras avec nous. Et ce bébé connaîtra ton histoire et la sienne, il saura qu’il est le second d’une famille aimante et que quelques part dans le ciel brille son grand frère qui nous accompagne chaque jour.
Pour toujours et à jamais, je t’aime Arthur. 

Quelques nouvelles

Nous voilà à 5 semaines après le transfert des deux embryons.

Hier, je suis allé à l’hôpital d’Arras  (celui ou j’ai accouché le 31 octobre dernier). Compte tenu de notre parcours et des difficultés rencontrées, je serais suivi uniquement par la chef de service qui m’a accouché en octobre. Elle m’a alors demandé de venir sur une garde férié car son emploi du temps était plein à craquer mais elle voulait me voir tôt dans la grossesse. Je dois bien avouer qu’on a apprécier cette attention. 

Donc hier j’ai eu une première écho, avant même l’écho PMA (rdv le 9mai). 

Le rdv s’est bien passé.  Il y a un seul sac gestationnel mais dedans se trouve bien un petit têtard d’un cm avec un petit coeur qui bat, alors ça va.

Je veux pas me plaindre j’ai bien conscience que ce serait mal venu. Cependant, la réjouissance et l’affolement ne sont vraiment pas au rdv pour ma part. Pour l’instant je reste stoïque et j’attends sagement. J’attends les étapes, j’attends que les mois avancent et on verra… des étapes il va y en avoir beaucoup: les échos, les contrôles infectieux, le cerclage, le cap des 25SA (le fameux, celui qui aurait donné une chance à notre petite etoile d’être sauvé).

Alors j’attends, J’espère et je check intérieurement la longue liste des étapes.